Histoire d’une Asperger au travail

 

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Se découvrir autiste à 29 ans.

C’est l’histoire d’une femme qui se découvre autiste Asperger à 29 ans. Une libération. Autiste Asperger: enfin un mot est mis sur ce sentiment de décalage permanent, sur ces interactions sociales laborieuses et énergivores, à l’école et au travail, engendrés par des perceptions sensorielles, une vie émotionnelle et des habitudes cognitives significativement différentes de la majorité.

Deux mois avant le diagnostic, elle rompait pour la seconde fois un CDI de Consultante/Chef de Projet. Par chance, dans son dernier poste, pendant quelques mois, elle a eu la chance de recevoir un management compatible avec son autisme.

 

 

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Côté pile: management « autism-friendly » et réussite professionnelle

Dans ce contexte managérial-là (autonomie, mentoring, empathie, patience, tolérance par rapport à l’authenticité, à l’exubérance, au décalage, au côté « brut de décoffrage »), couplé à un contexte sensoriel favorable (faible niveau sonore, horaires flexibles), son talent s’est exprimé (signature d’un gros contrat). Les retours du collectif de travail étaient positifs : « grande force de travail, efficiente, productive, experte dans son domaine, charismatique, style rédactionnel de grande qualité, dynamique, proactive, idées à foison, créative, aide et forme spontanément ses collègues, esprit d’équipe, partage des opportunités avec d’autres services de l’entreprise, crée spontanément des liens avec des partenaires ou des clients potentiels,… ».

 

 

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Côté face: management conventionnel et décrochage

Puis, le contexte managérial a évolué vers un management plus conventionnel. Le contexte sensoriel a été aussi modifié. Alors, immédiatement, son talent s’est éteint et son intelligence aussi. On/Off. Brusquement. Câbles débranchés. Décrochage de productivité de 100% à 1%. Plus aucune idée ne sortait de son cerveau. Plus capable d’effectuer des tâches simples.

A l’époque, l’entreprise ignorait que cette femme était autiste Asperger (elle aussi d’ailleurs). Le collectif de travail a donc interprété ses comportements de manière erronée : « caractérielle, incongrue, entêtée, égoïste, en décalage permanent, fait exprès de prendre le contre-pied ou le point de vue minoritaire dans les discussions, trop exubérante, n’a pas le sens du travail en équipe, trop brute de décoffrage, pas assez consensuelle, pas de nuances, trop sensible, ne masque pas assez ses émotions, fait des gaffes à la pause-café, ne participe pas assez aux évènement sociaux après le travail, ne mange pas assez avec ses collègues à midi, trop perfectionniste, n’arrive pas à être multi-tâches« .

Le témoignage ci-dessus n’est pas un cas isolé. Des dizaines de professionnels, autistes, dyslexiques, dyspraxiques, dyscalculiques, surdoués, TDAH, racontent des expériences, où l’incompréhension de leurs profils cognitifs neuro-atypiques a engendré le gâchis de leurs talents. Des invariants apparaissent dans la narration des expériences professionnelles relatées par des autistes, des dyslexiques, des dyspraxiques, des surdoués, des TDAH: ce sentiment de décalage perpétuel avec la majeure partie du collectif de travail; cette hétérogénéité de pensée, faisant le grand écart entre des zones de talents pointus et des difficultés sur des tâches paraissant basiques au plus grand nombre.  C’est cette hétérogénéité qui suscite l’incompréhension du collectif de travail, car elle est souvent assimilée à de la mauvaise volonté, de la paresse, de l’orgueil ou de l’impolitesse. Le problème tient en une hypothèse fausse, mais malheureusement répandue: « Quand on est brillant dans un domaine, alors, dans tous les autres domaines, l’atteinte d’un niveau acceptable/moyen est un minima, et la sous-performance n’existe pas. Si la sous-performance existe, elle est nécessairement due à la mauvaise volonté de l’individu. » L’autisme, la dyslexie, la dyspraxie, le TDAH, et les profils surdoués hétérogènes, illustrent exactement le contraire. Un talent magnifique peut coexister à côté d’aptitudes significativement plus faibles que la moyenne. Un autiste peut exceller en marketing,  en traduction, en analyse territoriale ou en informatique, et être en difficulté sur des interactions sociales qui semblent simples à la majorité. Un dyslexique excellera dans des tâches visuo-spatiales et aura des difficultés significatives dans la rédaction d’un rapport, la lecture d’un email ou l’organisation d’une réunion, tâches considérées comme simples par la majorité.

 

© Marjorie MailholPassage à l’action

Alors que faire, devant le gâchis de talents des personnes neuro-atypiques? Comment insuffler l’idée qu’un profil neuro-atypique, hétérogène par nature, à la vie émotionnelle singulière, et avec sa sensorialité atypique, peut être créateur de valeur, d’innovation, de compétitivité?

Vous connaissez la réponse… Une série pardi, sur des neuro-atypiques heureux et talentueux, dans un contexte managérial et sensoriel qui rend possible l’expression de leur intelligence atypique.